Marsillargues et la Révocation

Conférence du 19 mars 2016 aux XVèmes rencontres généalogiques de Mauguio

Thème :

La conférence devait être une analyse de la correspondance d’un couple de Marsillargues de 1685 à 1688. La situation : la femme est restée à Marsillargues et gère les biens de la famille. L’homme est parti en exil pour vivre sa foi et est finalement revenu de l’étranger. Malheureusement, je n’ai pu avoir accès à la copie de cette correspondance inédite des historiens. Le sujet va donc être plus général et porté sur l’attitude des protestants de Marsillargues au moment de la Révocation à travers quelques documents.

Le protestantisme à Marsillargues

Si Marsillargues est actuellement une commune de l’Hérault, au bord du Vidourle marquant la limite avec le Gard, sous l’ancien Régime, la ville dépend de l’évêché de Nîmes. Si on recherche des documents dans les séries G, il faudra donc se rendre aux archives départementales du Gard. Le protestantisme apparaît à Marsillargues en 1561 lorsque 20 hommes déclarent s’émanciper de la foi catholique. Très vite, l’ensemble de la ville se convertit à l’exception notable du seigneur. L’édit de pacification de Nantes d’avril 1598 peut être paradoxal à Marsillargues, puisque le culte catholique qui n’était plus célébré, est rétabli. Il y a de nouveau un prêtre pour les 20 % de Marsillarguois qui sont restés fidèle au catholicisme. Le protestantisme va rester vivace dans cette paroisse. Dans les registres paroissiaux, on trouve plus de 10 plus de baptêmes protestants que de baptêmes catholiques. On trouve même quelques conversions au calvinisme. Dans l’autre sens, les abjurations sont rares. On en trouve une en 1656 et une en 1657.

Une politique royale qui se durcit

A partir de 1660, la politique royale se durcit. Il y a deux temps :

  • 1660 – 1679: Phase de conversion douce : on détruit les temples qui ont été construit sans autorisation. On applique de plus en plus strictement les textes sur les religionnaires. On interdit au Régent des écoles l’enseignement de la bible
  •  1679-1685: Les mesures se durcissent : on exclut les protestants de certains offices comme ceux de consuls. On les exclut de certaines professions. Et on arrive asse vite à la mesure ultime des dragonnades.

Les dragons sont des régiments qui se déplacent à cheval mais qui combattent à pied. Les régiments ont été créés en 1668. Les dragonnades, c’est le logement des gens de guerre chez des particuliers, avec une priorité chez les protestants. Le principe n’est pas nouveau. En 1627, les protestants d’Aubenas doivent loger des soldats. En 1675, pour mater une révolte bretonne, on fait loger des soldats chez les habitants.

L’intendant Marillac reprend le principe en Poitou en 1681. En quelques semaines, il obtient près de 40000 conversions. Les autorités hésitent à généraliser le système. Colbert a peur d’une émigration et donc d’une perte de richesses pour le royaume. Mais il meurt en 1683. Et le principe est repris au printemps 1685 en Béarn par l’intendant Foucault. 22000 conversions en quelques semaines. Le roi donne finalement son accord pour la généralisation du procédé. Les rumeurs courent et la peur se répand dans les communautés protestantes.

Les abjurations à Marsillargues

Dans les registres paroissiaux, on va trouver 1043 conversions en 1685 sur une population de 1100 protestants. Le 3 octobre, il y a 140 conversions et deux jours plus tard, c’est 507 abjurations. On peut cependant noter que si 60% des hommes et 35 % des femmes savent signer, très peu signent leurs actes d’abjuration, témoignant d’une forme de résistance à la contrainte qui leur est imposé. Si les témoignages, comme ceux du notaire Jean VALAT du Vigan ont montré la violence employée par les soldats, on peut supposer que certains se sont probablement comportés de manière très compassionnelle. On trouve dans les registres paroissiaux du Vigan des abjurations très particulières comme celui de Louis RANDON

«  L’an 1686 et le 4ème du mois de juillet, sieur Louis RANDON, de la ville du Vigan au diocèse de Nîmes, dragon du Régiment de Firmacon dans la compagnie de Monsieur de Boisvert a fait abjuration de l’hérésie de Calvin et fait profession publique de la religion catholique apostolique et romaine …. »

Abjuration Randon

Des Dragons étaient donc protestants ! Comment ont-ils vécu cette période où ils n’étaient que des outils pour convertir des populations ?  On peut imaginer qu’ils se comportaient moins mal que la plupart des dragons.

L’édit de Fontainebleau

Il est pris en octobre 1685. Il révoque l’édit de Nantes de 1598, l’édit de Nîmes de 1629 ainsi que toues les ordonnances prises en faveur des religionnaires. Le texte ordonne : la destruction des temples encore debout ; les rassemblements religieux y compris dans les maisons particulières et les châteaux des nobles ; la fermeture des écoles protestantes ; l’interdiction de sortir du royaume. Il permet néanmoins aux ministres qui ne veulent pas se convertir de quitter le royaume sous 15 jours. Il accorde même des facilités aux pasteurs qui veulent se reconvertir dans le droit, pour avoir des équivalences et les dispenser des trois années d’études. Il accorde aussi des pensions aux ministres et à leurs veuves. Ceux qui sont partis bénéficient d’un délai de 4 mois, à compter de la publication de l’édit pour rentrer dans le royaume et retrouver leurs biens. Passé ce délai, les biens seront confisqués. Enfin, le texte n’interdit pas la présence de protestants dans le Royaume : «  En attendant qu’il plaise à Dieu de les éclairer, ils peuvent demeurer dans les villes du royaume, y continuer leur commerce et jouir de leurs biens sans troubles … » A condition bien sûr de ne pas faire d’exercice de sa religion, ni de s’assembler !! Un traitement un peu meilleur que le traitement accordé aux juifs, qui officiellement, n’ont pas le droit de résider dans le royaume de France.

Les réactions à Marsillargues

La plupart des Marsillarguois vont rester et subir les vexations quotidiennes des autorités. La tentation de l’exil va néanmoins être tentante pour bon nombre d’entre eux. On trouve aux archives départementales de l’Hérault, des listes de fugitifs pour le diocèse de Nîmes(1).DSCF4561

En nombre total de fugitifs, derrière Nîmes avec 169 fugitifs, se trouve la ville de Marsillargues avec 160 fugitifs. Cela représente environ 15% de la population réformée de la ville. C’est la proportion la plus importante des paroisses de la région. Derrière, on trouve Sommières avec 136 fugitifs, puis Vauvert, avec 93 fugitifs …  Quelles informations trouvons nous dans ces listes ? Elles sont divisées en quatre colonnes. La première avec le nom et prénom du fugitif, la mention de sa femme et du nombre d’enfants. Parfois, ce n’est pas très précis. On trouve la veuve de Léonard BRUN et sa fille. La seconde liste, c’est le nom de la personne qui gère les biens des fugitifs : père, mère, conjoint, gendre, beau-frère, cousins … et la mention s’il est un Nouveau Catholique et s’il remplit bien son devoir de catholique. La troisième, c’est le lien de parenté avec les fugitifs, et la dernière, le lieu d’habitation. Parfois, cela peut donner des informations inédites sur le plan généalogique. Ainsi à Nîmes, on découvre qu’un BONNEVAL est lié par mariage un de FONTFREDE dont le mariage est introuvable.

Les biens des fugitifs

L’édit de Fontainebleau et d’autres édits sur les protestants prévoient la confiscation des biens des fugitifs. Si ces listes de fugitifs mentionnent les noms de ceux qui gèrent le patrimoine de ceux qui sont partis, c’est pour mieux les surveiller. Et parfois, on trouve des documents encore plus précis, puisqu’on trouve dans les archives de l’intendance, des mises sous séquestre de biens. On en trouve 8 pour Marsillargues :

  • un BERNARD, fils de Pierre BERNARD, tailleur (prénom inconnu)
  • Jean ROUVIERE vieux et sa fille.
  • OLIVIER fils de Claude OLIVIER (prénom inconnu).
  • Marc GONIN, tailleur sa femme et son fils.
  • SOULIER, fils aîné de François SOULIER vieux (prénom inconnu).
  • Sieur Pierre BARBUT, bourgeois.
  • Jacques JEAN, fils de David JEAN.
  • Abdias BOURRELY.  DSCF8620                              Les biens de ces 8 fugitifs sont « séquestrés à la diligence de Pierre Duchesne, adjudicataire général des biens des fugitifs« . Ces actes datent de 1718, près de 30 ans après la liste des fugitifs, réalisée peu après la Révocation. Sur les 8 noms, 4 sont déjà sur la liste des fugitifs. Les 4 autres ont-ils été oublié sur la liste des fugitifs? Ou sont-ils les enfants de protestants restés à Marsillargues ? Il faudrait faire une étude plus poussée pour le découvrir.

La tentation du retour

On a tendance à croire que les gens ne revenaient pas. En fait, les fugitifs faisaient parfois des allers-retours entre leur terre natale et la terre de refuge. Certains restaient discrètement quelques mois, le temps de gérer leurs affaires. D’autres restes un peu plus longtemps. On peut citer le cas de Pierre GARAGNON qui reste huit ans à Courtaison avant de repartir dans son pays d’accueil. A Marsillargues, on découvre qu’Abdias BOURRELY serait revenus d’exil sans permission et que l’intendant séquestre ses biens.   Est-il resté définitivement ? Difficile à dire.

Ceux qui sortent du royaume, on l’espoir de revenir très vite. En 1689, des Vaudois retournent de force dans leurs vallées. Les autres espèrent que les puissances alliées vont faire pression pour le rétablissement de l’édit de Nantes. Mais le traité de Rijwijk de 1697 met fin aux espoirs. Certains exilés  partent loin et n’ont plus l’intention de revenir. Ainsi en 1726, François GUILLAUME, d’après certaines sources originaires d’Aimargues ou de Saint-Laurent d’Aigouze, arrive en Afrique du Sud avec sa femme et ses quatre enfants … tous nés à Berlin. Néanmoins, la question du retour reste prégnante. A la fin du 18ème, quelques descendants d’émigrés, comme James Alexandre POURTALES, né à Neuchâtel, devient français … comme le publiciste Benjamin CONSTANT. Mais ceux qui, à l’intérieur du royaume croyaient à une volonté de retour sont déçus. Avec les années, les fugitifs sont devenus pleinement suisses, Anglais, hollandais ou Prussiens. La Prusse a accordé la nationalité prussienne en 1707.

Je termine ce court exposé sur un petit billet que j’ai trouvé dans un registre notarial de la région de Genolhac de 1690. Ces quelques mots donnent de la chair, donne une âme  à nos ancêtres. Le témoignage des espoirs d’une population … et de son désespoir !

billet protestant

(1) Les noms des fugitifs de Marsillargues et des villes et village de la région, ont été intégrés à ma liste des familles étudiées. Vous pouvez la consulter sur mon site http://www.genealogiste.com.fr/familles/ ou me contacter par mail cfd@genealogiste.com.fr

Si vous avez des difficultés dans vos recherches généalogiques et historiques, vous pouvez consulter mon nouveau site http://www.aidegenealogique.fr

Publicités

Les protestants de l’île Bourbon

Lors d’une recherche aux archives départementales de la Réunion en 2008, j’ai trouvé un document qui m’a intrigué. Il s’agit d’une liste de protestants « existant à l’ile Bourbon en 1789 » (AD 974 – L 300).
Une toute petite minorité
Cette liste a été dressée par le dernier intendant de l’île Bourbon. Elle comprend une centaine de noms. Était-elle exhaustive ? C’est difficile de le dire. Il n’y a souvent que des noms de famille et assez peu de prénoms ou d’indications matrimoniales. Ce ne sont donc probablement pas les protestants de l’ile, qui sont venus dire à l’Intendant, qu’ils étaient calvinistes. C’est plutôt une liste dressée par des services administratifs. Combien de noms sont manquants ? C’est difficile à dire. Maintenant que représentent ces protestants dans la population de la Réunion ? La proportion par rapport à la population totale est infime. En 1788, la population se composait de 9000 blancs ou libres et de 38000 esclaves. C’est donc à peine 1% de la population libre de l’île Bourbon. J’ai aussitôt cherché à en savoir plus. Y avait-il d’autres documents sur les protestants de l’île et leur venue dans les Mascareignes ? Le guide de recherches biographiques et généalogiques sur les familles protestantes mentionne que l’on peut trouver quelques abjurations dans les registres paroissiaux ainsi que quelques déclarations consécutives à l’édit de Tolérance. Très peu de documents donc. Pourtant, les protestants ont probablement été présents dans les Mascareignes dès le début du 17ème siècle.
Quelques projets utopiques
Aux Mascareignes (Réunion, Maurice et Rodrigues), il n’y eut pas de déportation de protestants, contrairement aux Antilles. Le marquis Henri DUQUESNE (le fils du grand marin Abraham DUQUESNE, vainqueur de Ruyter en 1676) fit un projet d’établir sur l’île Bourbon, une république huguenote. Mais il ne fit rien de concret. Un huguenot français réfugié en Hollande, François LEGUAT, fit lui, une véritable tentative de colonisation. Il partit sur un bateau avec quelques compagnons, et après quelques pérégrinations, s’installa sur l’ile déserte de Rodrigues. Ils attendirent en vain, les nouvelles promises par les Réformés qui devaient les rejoindre pour y créer une colonie. Après deux ans, ils construisent un bateau et, après une navigation hasardeuse, atteignent l’ile Maurice. De retour en Europe, François LEGUAT publiera le récit de son voyage (disponible sur Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k862029 ). Cette aventure fut donc sans lendemain.
Les premiers protestants de l’ile
Les protestants de la Réunion de 1789 sont des gens, ou des descendants d’une population, venus individuellement entre 1660 et 1790. Les premiers sont peut-être des colons venus de Fort-Dauphin à Madagascar. On sait que Jacques Pronis, administrateur de la colonie malgache de 1642 à 1649, était un protestant et qu’il s’appuyait sur des colons de la même confession, pour mener à bien sa politique de colonisation. Lorsqu’en 1674, Fort-Dauphin est évacué, on peut supposer que quelques-uns des réfugiés étaient calvinistes.
Jusqu’à la fin du règne de Louis XIV en 1715, la Réunion accueille aussi de nombreux forbans qui profitent d’amnisties royales pour retrouver une vie plus stable et moins aventureuse. Cette population n’est numériquement pas négligeable. Elle compose entre un tiers et la moitié de la population de l’île au début du 18ème siècle. Parmi eux, il y a des marins anglais ou hollandais. Certes, ils n’étaient pas tous protestants, mais on peut penser qu’ils ont été à la base de la petite minorité protestante de la Réunion.
Ils ont probablement été rejoints, tout au long du 18ème siècle, par des marins de diverses nationalités, faisant escale dans l’ile, ou par des commerçants venus de France et désirant profiter d’opportunités commerciales dans la région pour s’enrichir.
Le faible contrôle religieux de l’église catholique sur la population
Il faut dire que les premiers protestants de la région ne devaient pas être soumis à un contrôle strict des autorités royales. Il n’y avait pas de régiments de dragons pour forcer les protestants à abjurer et l’église catholique n’a que très peu de moyens pour évangéliser les protestants. Au début, le service religieux catholique est assuré épisodiquement par les aumôniers des bateaux de passage dans l’ile et des missionnaires lazaristes faisant escale dans l’ile. De 1676 à 1686, il n’y a qu’un seul prêtre sur l’ile, le père Bernardin. Des conflits éclatent entre les successeurs de l’abbé Bernardin et les gouverneurs de l’ile. L’abbé Carmenhem se retrouve en prison. C’est en 1712 que la Compagnie des Indes va trouver un accord. L’ile va être rattachée à l’archevêché de Paris et ce sont les pères lazaristes qui vont fournir un clergé un peu plus stable. L’encadrement restera néanmoins très insuffisant. En 1763, il y a 13 prêtres et en 1789, il n’en reste que 11.

Et les administrés ne semble guère se préoccuper de leur salut. Les rapports disent qu’ils ne vont à la messe que pour paraître. S’ils font baptisés leurs enfants et se marient à l’église, ce n’est qu’une religiosité de façade. Les paroissiens se moquent totalement des sermons et refusent les règles morales que voudraient imposer le clergé. Avant la Révolution, tous les rapports dénoncent le libertinage des paroissiens, leur paresse voir leurs perversions sexuelles, au point que des chefs militaires redoutent l’escale de Bourbon car ils se disent préoccupés d’éviter à leurs troupes les pièges du libertinage.
Si la compagnie des Indes qui dirige l’ile, a trouvé un accord pour la direction spirituelle des paroissiens, il n’en demeure pas moins que la compagnie des Indes est une compagnie commerciale et que son objectif prioritaire, c’est être rentable et de faire des bénéfices. L’objectif politique de l’unité religieuse du royaume ne doit guère préoccupé les gouverneurs de l’île et les conflits avec les curés sont fréquents. A partir du moment où les colons travaillent bien et mettent en valeur leurs concessions et que les commerçants enrichissaient bien la colonie, les administrateurs de la compagnie ne devaient certainement pas prendre le risque de braquer leurs administrés.
Dans ce contexte politique, religieux et administratifs, tout au long du 18ème siècle, des protestants ont pu vivre leur foi malgré l’absence de pasteurs. Cette pratique discrète n’était probablement pas totalement inconnue des autorités. Elle était simplement tolérée.

Frédéric DELEUZE – cfd@genealogiste.com.frhttps://www.facebook.com/CFD.Genealogie

Les noms des protestants ont été intégrés à ma base de données. Vous pouvez les retrouver sur http://www.genealogiste.com.fr/familles.htm

 

L’édit de Tolérance (2ème partie)

Les déclarations

Quelles sont les conséquences de cet édit ? Dans les archives, nous trouvons des documents d’un grand intérêt généalogique. Il s’agit des déclarations consécutives à l’édit de Tolérance découlant de l’article XXI. Les mariages anciens qui seront enregistrés dans le délai d’un an après la publication de l’édit, obtiendront « pour eux et leurs enfants la jouissance de tous les droits résultant de mariages légitimes » Ces déclarations sont donc des mines d’informations pour les généalogistes, car ce sont des documents de rattrapage d’un état civil absent. Un exemple de déclaration trouvée dans les registres paroissiaux de la commune de Roquedur dans le Gard « … Jean Fourcoual, travailleur fils légitime d’autre feu Jean Fourcoual et de Jeanne Toulouse, originaire du Pouget, paroisse de Sumène, habitant de Lasalle, paroisse de Roquedur et Marguerite Severac, fille de Jean-François Severac et de Marguerite Capion, originaire du Fraissinet, paroisse du Vigan, contrat de mariage reçu par Me Fesquet, notaire de Sumène. De cette union, ils ont eu neuf enfants dont deux garçons : Jean, fabricant de bas, né le 12 août 1764, marié il y a environ deux ans à Jeanne Julien de la ville du Vigan … » S’ensuit la liste complète des enfants avec leur date de naissance. Ces déclarations sont des documents précieux pour les généalogistes. Nous y trouvons les lieux de naissance de la mère du déclarant, celle de son épouse, la date du contrat de mariage avec le nom du notaire, la liste des enfants issus de ce mariage avec leur conjoint s’ils sont mariés. Ces actes apportent donc un plus par rapport aux familles catholiques, et sur le plan de leur intérêt, on pourrait les comparer à des déclarations de successions actuelles. Ces déclarations se trouvent dans les registres paroissiaux lorsque les curés ont accepté d’enregistrer ces actes.

Un état civil moderne ?

Préfiguration de l’état civil moderne, l’édit prévoit le cas ou, soit les parties ne veulent pas s’adresser aux curés et vicaires, soit ces derniers refuseraient d’enregistrer ces actes. Dans cette configuration, ce sont les juges et officiers locaux qui sont chargés de la procédure d’enregistrement et de vérification de la régularité de la procédure. Ainsi, l’article XII précise que les bans de mariage seront publiés « les jours de dimanche à la sortie de la messe paroissiale par le greffier de la justice principale du lieu en présence du Juge ou de celui qui sera par lui commis ». Le greffier est aussi chargé d’enregistrer les oppositions au mariage, de délivrer des certificats de publications ou accorder des dispenses de parenté au-delà du 3ème degré. C’est aussi devant le juge, que les parties avec leurs témoins, déclarent se prendre en mariage et qu’ils se déclarent fidélité. Ils sont aussi tenus d’enregistrer les actes de décès ainsi que les naissances, y compris pour les sectes qui ne font pas baptiser leurs enfants (les anabaptistes). Les greffiers, baillis, juges sont donc tenus d’ouvrir et de tenir de véritables registres d’état civil, et cela en double exemplaire.
Dans les régions où le protestantisme a résisté à un siècle de clandestinité, nous allons donc trouver ces registres, Ils vont être éphémères  puisque le décret du 20 septembre 1792 va créer l’état civil moderne que nous connaissons. La plupart de ces registres a été classé avec les registres paroissiaux en série E aux archives départementales et GG dans les archives municipales. Parfois, ils sont classés, avec les archives des juridictions d’Ancien Régime, en série B comme en Charente, en Lozère ou dans le Tarn. On peut aussi trouver des registres dans les séries I ou J comme en Charente, en Charente-Maritime ou dans la Vienne.

Les limites de l’édit

Les protestants ont-ils tous fait des déclarations ? C’est peu probable. Comment un paysan béarnais, un fabriquant de bas cévenol ou un petit artisan charentais pourrait-il faire confiance à des autorités qui pendant un siècle se sont acharnés à lui faire perdre sa foi ? N’est ce pas un piège du pouvoir royal ? Cette question, beaucoup de protestants se la sont probablement posée. Combien ont refusé de déclarer leur famille ? Difficile à dire.

Au niveau national, l’édit ne satisfait pas grand monde. Si malgré des remontrances, les Parlementaires enregistrent l’édit presque partout (sauf à Douai et à Besançon), les protestants ne sont guère satisfait d’un édit qui n’accordent ni la liberté de culte, ni la liberté d’accès à toutes les charges du Royaume. Ils ont certes obtenu une certaine reconnaissance et une certaine sécurité juridique pour leurs familles mais les persécutions ne cessent pas complètement, et, en mars 1789, un pasteur de Rouen, Pierre Mordant, est décrété de prise de corps par le Parlement de Rouen (il sera relaxé en mars 1791). Ce n’est donc qu’avec la Révolution que les discriminations juridiques vont véritablement cessées.

Frédéric DELEUZE – Généalogiste – cfd@genealogiste.com.frhttp://www.facebook.com/CFD.Genealogie