Les protestants de l’île Bourbon

Lors d’une recherche aux archives départementales de la Réunion en 2008, j’ai trouvé un document qui m’a intrigué. Il s’agit d’une liste de protestants « existant à l’ile Bourbon en 1789 » (AD 974 – L 300).
Une toute petite minorité
Cette liste a été dressée par le dernier intendant de l’île Bourbon. Elle comprend une centaine de noms. Était-elle exhaustive ? C’est difficile de le dire. Il n’y a souvent que des noms de famille et assez peu de prénoms ou d’indications matrimoniales. Ce ne sont donc probablement pas les protestants de l’ile, qui sont venus dire à l’Intendant, qu’ils étaient calvinistes. C’est plutôt une liste dressée par des services administratifs. Combien de noms sont manquants ? C’est difficile à dire. Maintenant que représentent ces protestants dans la population de la Réunion ? La proportion par rapport à la population totale est infime. En 1788, la population se composait de 9000 blancs ou libres et de 38000 esclaves. C’est donc à peine 1% de la population libre de l’île Bourbon. J’ai aussitôt cherché à en savoir plus. Y avait-il d’autres documents sur les protestants de l’île et leur venue dans les Mascareignes ? Le guide de recherches biographiques et généalogiques sur les familles protestantes mentionne que l’on peut trouver quelques abjurations dans les registres paroissiaux ainsi que quelques déclarations consécutives à l’édit de Tolérance. Très peu de documents donc. Pourtant, les protestants ont probablement été présents dans les Mascareignes dès le début du 17ème siècle.
Quelques projets utopiques
Aux Mascareignes (Réunion, Maurice et Rodrigues), il n’y eut pas de déportation de protestants, contrairement aux Antilles. Le marquis Henri DUQUESNE (le fils du grand marin Abraham DUQUESNE, vainqueur de Ruyter en 1676) fit un projet d’établir sur l’île Bourbon, une république huguenote. Mais il ne fit rien de concret. Un huguenot français réfugié en Hollande, François LEGUAT, fit lui, une véritable tentative de colonisation. Il partit sur un bateau avec quelques compagnons, et après quelques pérégrinations, s’installa sur l’ile déserte de Rodrigues. Ils attendirent en vain, les nouvelles promises par les Réformés qui devaient les rejoindre pour y créer une colonie. Après deux ans, ils construisent un bateau et, après une navigation hasardeuse, atteignent l’ile Maurice. De retour en Europe, François LEGUAT publiera le récit de son voyage (disponible sur Gallica http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k862029 ). Cette aventure fut donc sans lendemain.
Les premiers protestants de l’ile
Les protestants de la Réunion de 1789 sont des gens, ou des descendants d’une population, venus individuellement entre 1660 et 1790. Les premiers sont peut-être des colons venus de Fort-Dauphin à Madagascar. On sait que Jacques Pronis, administrateur de la colonie malgache de 1642 à 1649, était un protestant et qu’il s’appuyait sur des colons de la même confession, pour mener à bien sa politique de colonisation. Lorsqu’en 1674, Fort-Dauphin est évacué, on peut supposer que quelques-uns des réfugiés étaient calvinistes.
Jusqu’à la fin du règne de Louis XIV en 1715, la Réunion accueille aussi de nombreux forbans qui profitent d’amnisties royales pour retrouver une vie plus stable et moins aventureuse. Cette population n’est numériquement pas négligeable. Elle compose entre un tiers et la moitié de la population de l’île au début du 18ème siècle. Parmi eux, il y a des marins anglais ou hollandais. Certes, ils n’étaient pas tous protestants, mais on peut penser qu’ils ont été à la base de la petite minorité protestante de la Réunion.
Ils ont probablement été rejoints, tout au long du 18ème siècle, par des marins de diverses nationalités, faisant escale dans l’ile, ou par des commerçants venus de France et désirant profiter d’opportunités commerciales dans la région pour s’enrichir.
Le faible contrôle religieux de l’église catholique sur la population
Il faut dire que les premiers protestants de la région ne devaient pas être soumis à un contrôle strict des autorités royales. Il n’y avait pas de régiments de dragons pour forcer les protestants à abjurer et l’église catholique n’a que très peu de moyens pour évangéliser les protestants. Au début, le service religieux catholique est assuré épisodiquement par les aumôniers des bateaux de passage dans l’ile et des missionnaires lazaristes faisant escale dans l’ile. De 1676 à 1686, il n’y a qu’un seul prêtre sur l’ile, le père Bernardin. Des conflits éclatent entre les successeurs de l’abbé Bernardin et les gouverneurs de l’ile. L’abbé Carmenhem se retrouve en prison. C’est en 1712 que la Compagnie des Indes va trouver un accord. L’ile va être rattachée à l’archevêché de Paris et ce sont les pères lazaristes qui vont fournir un clergé un peu plus stable. L’encadrement restera néanmoins très insuffisant. En 1763, il y a 13 prêtres et en 1789, il n’en reste que 11.

Et les administrés ne semble guère se préoccuper de leur salut. Les rapports disent qu’ils ne vont à la messe que pour paraître. S’ils font baptisés leurs enfants et se marient à l’église, ce n’est qu’une religiosité de façade. Les paroissiens se moquent totalement des sermons et refusent les règles morales que voudraient imposer le clergé. Avant la Révolution, tous les rapports dénoncent le libertinage des paroissiens, leur paresse voir leurs perversions sexuelles, au point que des chefs militaires redoutent l’escale de Bourbon car ils se disent préoccupés d’éviter à leurs troupes les pièges du libertinage.
Si la compagnie des Indes qui dirige l’ile, a trouvé un accord pour la direction spirituelle des paroissiens, il n’en demeure pas moins que la compagnie des Indes est une compagnie commerciale et que son objectif prioritaire, c’est être rentable et de faire des bénéfices. L’objectif politique de l’unité religieuse du royaume ne doit guère préoccupé les gouverneurs de l’île et les conflits avec les curés sont fréquents. A partir du moment où les colons travaillent bien et mettent en valeur leurs concessions et que les commerçants enrichissaient bien la colonie, les administrateurs de la compagnie ne devaient certainement pas prendre le risque de braquer leurs administrés.
Dans ce contexte politique, religieux et administratifs, tout au long du 18ème siècle, des protestants ont pu vivre leur foi malgré l’absence de pasteurs. Cette pratique discrète n’était probablement pas totalement inconnue des autorités. Elle était simplement tolérée.

Frédéric DELEUZE – cfd@genealogiste.com.frhttps://www.facebook.com/CFD.Genealogie

Les noms des protestants ont été intégrés à ma base de données. Vous pouvez les retrouver sur http://www.genealogiste.com.fr/familles.htm

 

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L’édit de Tolerance de novembre 1787 (1ère partie)

L’édit de Tolérance de novembre 1787

Le 18ème est qualifié par les historiens de siècle des Lumières. La philosophie et l’idée de la liberté de conscience et de la liberté religieuse progresse au sein des élites. Pourtant, la situation légale et règlementaire pour les non-catholiques est très difficile. Il y a bien sûr l’interdiction du culte et des assemblées, présentées comme des troubles à l’ordre public. Mais il y a aussi l’obligation de faire appel au curé pour tous les actes importants de la vie: baptêmes, mariages, pour les malades afin de recevoir l’extrême onction et pour l’obtention d’un certificat de bonne vie et de bonnes mœurs pour ceux qui veulent entreprendre des études ou exercer certaines fonctions ou profession (notaire, libraire, médecins …). Les textes les soumettent à des sanctions très dures : amendes, confiscations de biens, enlèvements des enfants pour les faire éduquer dans le catholicisme, peines de prison et condamnations aux galères pour ceux qui contreviennent aux édits et déclarations du Roi.
La répression connaît des phases d’une intensité variable. Elle est plutôt forte en période de paix et s’adoucit lorsque le royaume est en guerre contre ses voisins européens. Mais, au fur et à mesure que les décennies passent, elle tend à être moins forte. Le comte de Saint-Florentin, secrétaire d’État de la Religion Prétendue Réformée, dans une lettre à l’intendant du Languedoc en date du 30 août 1748 s’interroge sur l’efficacité de certaines mesures comme les amendes « … les remèdes que nous avons employés jusqu’à présent pour arrêter le progrès du mal que font les prédicants ne servent plus de rien dans certains cantons … la voie des amendes, bien loin de les corriger peut devenir à la fin un remède dangereux parce que les assemblées étant présentement composés de gens du peuple qui ne paye que de petites taxes, la plus grande partie de ces amendes retombent sur les notables qui ne sont pas les plus coupables … » Le Comte de Saint-Florentin n’était pas un partisan de la Tolérance mais il est contraint d’admettre que les mesures pour permettre la fiction de l’unité religieuse du royaume ne sont pas vraiment efficaces et qu’elles seraient même nuisible à la prospérité du royaume! Les condamnations deviennent donc moins nombreuses et les peines moins sévères. On commence à élargir les condamnés. En 1769, sont libérées les trois dernières prisonnières de la Tour de Constance sous l’influence du gouverneur de Languedoc, le prince de Beauvau, lié à Voltaire. En 1775, les deux derniers forçats pour la foi sortent du bagne après 30 ans passés aux galères.
Même si Louis XVI, comme ses prédécesseurs, promet de combattre l’hérésie lors du serment de son sacre, le statut des protestants, aux yeux de l’opinion publique, est de moins en moins défendable. Grâce à l’appui de l’archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne (qui deviendra cardinal un an plus tard), et l’appui des « américains » emmené par La Fayette (qui a promis à Washington de plaider la cause des protestants), le Roi signe un édit en Novembre 1787, qui donne une nouvelle situation juridique aux protestants.

Un nouvel Édit sur les non-catholiques

Cet édit que l’on appelle « Édit de Tolérance » s’intitule édit du Roi concernant ceux qui ne font pas profession de la religion catholique. Il est composé de 37 articles et il commence par faire le bilan de l’échec d’un siècle de politique religieuse, basé sur la fiction de l’unité « … l’espoir d’amener ses peuples à l’unité si désirable du même culte, soutenue par de trompeuses apparences de conversions, empêcha ce grand roi (Louis XIV) … ». Si cette unité peut-être une ambition légitime pour un gouvernement d’Ancien Régime, l’édit précise que cette fiction est « aujourd’hui inadmissible » aussi bien sur le plan moral que sur le plan politique. Sur le plan moral, les édits antérieurs placent les sujets dans des alternatives douloureuses : soit ils profanent les sacrements par des conversions simulées soit ils placent leur famille dans une situation juridique difficile (les enfants ne sont pas légitimes) ce qui peut aussi provoquer des discordes dans les familles. Sur le plan politique, l’exil et l’émigration de sujets non-catholiques est contraire à l’intérêt et à la prospérité du Royaume. Dernier point soulevé par le préambule de l’édit. C’est la condamnation sans fard de toute la politique répressive des derniers rois de France avec cette phrase : « … nous proscrirons avec la plus sévère attention, toutes ces voies de violence qui sont aussi contraires aux principes de la raison et de l’humanité qu’au véritable esprit du Christianisme … ». Esprit du christianisme originel ou esprit des Lumières ?

Prochain article : l’édit de Tolérance (2ème partie)

Frédéric DELEUZE – http://www.genealogiste.com.frhttp://www.facebook.com/CFD.Genealogie

Estienne ILLAIRE, le destin d’un protestant pris dans une assemblée clandestine

Le 12 octobre 1686, l’intendant du Languedoc, Nicolas de LAMOIGNON de BASVILLE, prononce huit condamnations à mort. Parmi les condamnés, nous trouvons Jean ENTERRIEU et Etienne ILLAIRE un modeste serrurier du village d’Aulas dans le Gard. Ils sont condamnés «à être pendu et étranglé jusqu’à ce que mort s’ensuive à une potence qui pour cet effet sera dressé à la place publique dudit lieu d’Aulas ayant été par un préalable appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour la révélation des complices … ».

Quelles sont les raisons de ces condamnations ?
Dans les archives de l’Intendance du Languedoc, nous trouvons la procédure judiciaire qui aboutit à ces sentences. La lecture des interrogatoires des accusés et des témoins va nous apprendre le déroulé des faits.

Etienne ILLAIRE a été fait prisonnier dans la nuit du 6 au 7 octobre par le curé de Saint-Bresson, accompagné par quelques uns de ses paroissiens. Il portait sur lui un couteau. Il a été arrêté parce qu’il passait à travers champs pour éviter les patrouilles, mais surtout parce qu’il revenait d’une assemblée du Désert qui a très mal tournée.
Les assemblées du Désert
Entre 1660 et jusqu’à la Révocation d’octobre 1685, le pouvoir royal prend de nombreuses mesures visant à réduire la place des réformés dans la société : interdiction de certaines fonctions publiques, de métiers, fermeture et destruction des temples, plaintes des catholiques qui sont toujours traités avec beaucoup de bienveillance… Dans ce contexte répressif, Aulas, place forte du protestantisme local, devient la dernière paroisse de la région à conserver son Temple. Au cours d’une séance, le consistoire décide de prêter le Temple aux réformés des villes et villages voisins, qui n’ont plus de lieu pour célébrer leurs offices. Avec l’hébergement de deux compagnies de dragons, les réformés d’Aulas abjurent en masse et quelques uns prennent le chemin de l’exil. Parmi ceux qui abjurent, Etienne ILLAIRE et Jean ENTERRIEU. Il n’y a donc officiellement plus de protestants en France.
Mais si les habitants d’Aulas ont renié la foi de leurs pères, leurs cœurs restent à leur religion d’origine. Comment vivre sa foi après avoir vécu ce traumatisme ? Comment vivre sa foi alors que les pasteurs se sont convertis ou se sont exilés ?
Passé le choc de la Révocation, certains ministres sont revenus de l’exil et commencent à tenir des prêches dans des endroits reculés. C’est que l’on appelle des assemblées du Désert. Aulas, au pied de l’Aigoual, est un lien de réunion idéal. Une première assemblée est découverte le 6 août 1686. Il y a treize arrestations dont le prédicant, Antoine ROCHER qui est envoyé aux galères, conformément à l’article IV de l’édit de Révocation. Etienne ILLAIRE et Jean ENTERRIEU ont-ils participé à cette assemblée qui a réuni 200 personnes ? C’est probable mais c’est deux mois plus tard que l’on découvre son histoire.

Un autre prédicant tient une assemblée dans un endroit reculé, situé sur la paroisse de Roquedur. L’assistance est nombreuse. Les documents nous disent qu’il y avait 2000 personnes. Un rassemblement aussi important est connu par les autorités qui mobilisent les dragons et le curé de la paroisse catholique voisine de Saint-Bresson. Les témoignages du curé, des prisonniers et des soldats nous apprennent le déroulement de l’assemblée.
La découverte de l’assemblée
C’est un peu une opération commando qui est monté, pour surprendre d’assistance. Pour s’approcher, des soldats s’habillent en paysans. Puis, les dragons égorgent une première sentinelle. Une deuxième sentinelle est tuée. C’est une troisième sentinelle qui donne l’alerte au pasteur et à l’assistance.. S’ensuit une mêlée confuse. Des hommes tirent sur les soldats. Le capitaine des dragons est mortellement blessé d’un coup de feu. Son frère meurt quelques jours plus tard, des suites de ses blessures et un autre soldat est gravement blessé d’un coup de baïonnette. Avec ces coups de feu, l’assistance se disperse et dans l’obscurité, les soldats et les miliciens catholiques des paroisses voisines, essaient d’arrêter le plus de participants possible. Etienne ILLAIRE fait partie des hommes qui sont arrêtés.
Durant son interrogatoire, il niera avoir incité les gens à venir à cette assemblée. Il reconnaitra simplement être tombé par hasard sur cette assemblée. Deux jeunes femmes d’Aulas, dont il reconnaît que ce « sont des filles d’honneur et de probité », vont cependant témoigner qu’ Estienne ILLAIRE et Jean ENTERRIEU les ont incités à venir. Pour le juge, cela montre que les deux accusés ont eu un rôle actif dans cette assemblée.

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Les autres condamnations

Et même s’il n’y a aucun indice permettant de dire qu’ils faisaient partie de ceux qui ont tiré sur les dragons, ces témoignages suffiront pour qu’ils soient condamnés à mort après avoir été torturé pour révéler le nom de leurs complices. Cette même peine sera appliquée à des femmes d’une autre ville.
La mort de plusieurs soldats et la désobéissance aux édits du Roi expliquent la sévérité de la condamnation. Pourtant le prédicant n’incitait pas à la révolte. L’un des prisonniers, un jeune noble qui reconnaît sa participation, rapporte les propos du Ministre. Il dit à l’assistance, qu’il fallait « obéir, aller à la messe et garder dans son cœur sa religion».
Outre la pendaison, leurs biens sont « acquis et confisqués au profit de sa Majesté distrait la troisième partie pour leur femme et enfants et ont l’amende de 300 livres … au paiement des frais et dépens de justice et attendu qu’il résulte du procès que ladite assemblée a été tenu au terroir de Roquedur … que le seigneur dudit lieu soit condamné à 500 livres d’amende ».
La dureté de la répression aura des conséquences immédiates : le départ de milliers de protestants pour l’étranger (Suisse, Provinces-Unis, Angleterre…), Mais elle aura aussi des conséquences plus lointaines. Si ceux qui ont abjurés en 1685 ont fait profil bas et se sont soumis au pouvoir royal, leurs enfants se sont révoltés face à tant d’injustices, provoquant une terrible guerre civile au début du 18ème siècle. Le juge Jacques DAUDE sieur de la Coste (qui condamna Etienne ILLAIRE et ses compagnons), comme l’abbé du Chaila,  qui furent des instruments zélés du pouvoir royal et de la répression dans les Cévennes, mourront tous les deux assassinés au début du 18ème siècle.

Frédéric DELEUZE – cfd@genealogiste.com.fr

Les listes de Nouveaux Convertis et les listes d’abjurations

Les listes de Nouveaux Convertis
Pour les autorités religieuses et administratives il n’y a pas de catholiques, mais des Anciens Catholiques et des Nouveaux Convertis (N.C.). Les évêques, au cours des visites pastorales font établir des listes de Nouveaux Convertis. Elles sont souvent précises comme à Ispagnac en Lozère « … Jean MEJAN, Gabrielle d’ARNAUD sa femme, Abraham et Antoine leurs enfants, Louise D’ARNAUD, belle sœur… ». Mais parfois ce ne sont que des statistiques avec le nombre de nouveaux convertis et le nombre de réfugiés. On les trouve en série G des archives départementales.
Pour les intendants du 18ème siècle, les Nouveaux Convertis sont un souci important. En matière religieuse, leur rôle est doubles : ils font appliquer les ordonnances et les édits ; ils surveillent la population et informent le Roi de ce qui se passe dans les provinces. Il y a donc beaucoup de documents administratifs sur les religionnaires, notamment des listes de nouveaux convertis suite à des découvertes d’assemblées du Désert. Les intendants imposaient de grosses amendes à la communauté des Nouveaux Convertis lorsqu’on découvrait une de ses assemblées. Bien souvent, les intendants collaboraient avec les évêques, et excluaient de ces listes, les Nouveaux Convertis qui acceptaient les sacrements de l’Eglise catholique. Ainsi, lorsqu’en 1747, l’intendant du Languedoc impose le paiement d’une amende, à la communauté de Dions, il en exclut 8 N.C. grâce à un certificat du curé qui atteste qu’ils « ont rempli les devoirs de catholique par l’assistance aux offices divins … et par la fréquentation des sacrements et que depuis trois ans, ils ont satisfait à leur devoir pascal ».
On trouve aussi, de nombreuses listes de fugitifs. Elles recensent ceux qui sont partis à l’étranger. Elles seront surtout intéressantes pour les descendants des protestants qui ont émigré. Ces listes sont conservées dans les fonds des intendances en série C des archives départementales.
La dernière source importante pour les généalogistes, qui témoigne de l’adhésion de nos ancêtres au protestantisme, ce sont les listes d’abjuration.

Les listes d’abjurations.
Il y a toujours eu des conversions individuelles au 17ème siècle avant même la politique de Louis XIV et des conversions forcées. Ces conversions pouvaient être sincères ou pouvaient avoir des mobiles moins nobles, comme toucher une pension de caisses de conversion, ou obtenir des avantages comme obtenir un office. La plupart de ces conversions sont dispersées dans les registres de catholicité (série E). Mais on en trouve aussi dans les archives du clergé séculier et régulier. Plusieurs évêques ouvrirent dès la fin du 16ème siècle des registres d’abjuration. Mais ce sont les ordres religieux, les Récollets, et les Capucins et les maisons de la propagation de la Foi en particulier, qui firent des abjurations un objectif et ouvrirent très tôt, des registres d’abjurations. Ces documents se trouvent dans les séries G et H des archives départementales.
Mais plus impressionnant sont les abjurations massives que l’on trouve dans les documents d’archives. Dans la première partie de son règne, Louis XIV a essayé de réduire peu à peu, non seulement l’influence du protestantisme, mais la communauté elle-même. La politique a d’abord été incitative (envoi de missionnaires, pensions aux pasteurs convertis) puis répressive (amendes, fermeture et démolition des temples payés par les Réformés, interdiction d’exercer des fonctions politiques) jusqu’à la politique ultime de conversion que sont l’envoi des régiments de dragons, héberger chez les protestants. Ces soldats, ces soudards, provoquaient la panique chez protestants, et des communautés se convertirent immédiatement à l’annonce, ou simplement à la rumeur de l’arrivée d’un de ces régiments. Dans ces documents, on trouve souvent des centaines de noms, Souvent, il n’y a qu’un acte d’abjuration avec une énumération de nom et de prénoms, sans grand intérêt généalogique. Mais parfois, il y a un acte par abjuration, avec le nom, le prénom, le nom du conjoint et la liste des enfants avec leur âge.
Quelques uns, essayèrent d’éviter l’abjuration en quittant leur domicile. Cela ne réussit pas toujours car l’on trouve régulièrement des protestants qui abjurent dans un autre village que le leur.
Toutes ces sources, tous ces documents ne nous permettrons pas forcement de remonter une généalogie protestante jusqu’au 17ème siècle. Il est nécessaire de consulter d’autres sources d’archives, plus classique, comme les archives notariales.

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CFD Généalogie – Frédéric DELEUZE

Vos ancêtres étaient protestants ?

Comment mener des recherches sur des ancêtres protestants ?

Si les recherches généalogiques sur des familles catholiques peuvent être parfois très faciles, les recherches sur des ancêtres protestants présentent d’indéniables difficultés.
La première difficulté résulte de la dispersion des sources. Les archives protestantes ont gravement souffert de plus d’un siècle de clandestinité et de répression. Les archives ont été très largement dispersées. Si les principaux lieux de recherche restent les dépôts d’archives départementaux et municipaux, le chercheur devra se déplacer notamment à Paris. Les archives nationales conservent dans la série TT, les documents de la Régie des biens confisqués aux églises protestantes, dans lesquels, pour prouver l’ancienneté des Temples, on envoyait les registres paroissiaux les plus anciens. Nous trouvons aussi au Service Historique de l’Armée de Terre, des documents confisqués aux pasteurs après la Révocation, ainsi que des registres d’abjurations. La Bibliothèque de la Société de l’Histoire du Protestantisme Français, a collecté depuis 150 ans, de nombreux documents isolés et des recherches approfondies sur les protestants ne peuvent faire l’impasse sur les collections de cette bibliothèque. Nous ne parlerons pas ici des documents emportés par les 200 000 religionnaires qui quittèrent le royaume de France pour des cieux plus accueillants.
La seconde difficulté provient de l’identification de nos ancêtres protestants ? Dans notre société laïque et très largement déchristianisée, il n’est pas toujours évident de savoir si nos ancêtres pratiquaient la Religion Prétendument Réformée (RPR) sous l’Ancien Régime. Il existe des traditions religieuses familiales, mais parfois elles ne sont pas rigoureusement exactes et il faut savoir, que malgré l’hostilité des deux religions, y compris jusqu’à la première guerre mondiale, les mariages entre catholiques et protestants n’étaient pas rares.

Au milieu du 16ème siècle, le protestantisme s’est introduit dans toutes les régions françaises. Mais si dans certaines régions « l’hérésie de Calvin » ne put s’implanter à cause de la réaction rapide des autorités civiles et religieuses, elle pu s’organiser, se développer et prospérer dans beaucoup d’autres régions, comme le Béarn, la Saintonge, les Cévennes, le Dauphiné, la vallée de la Loire, l’Alsace où certaines régions de Normandie. Mais il ne faut pas croire que cette implantation est homogène. En 1600, on estime que près de 25% de la population cévenole est resté catholique. Les habitants de deux villages voisins peuvent professer des religions différentes et même dans les villes dominées par les protestants, il subsiste presque toujours des catholiques. Mieux encore, une étude historique sur le village de Saint-Roman-de-Codières dans le Gard au début du 18ème siècle, montre que la moitié des mas sont habités par des Anciens Catholiques, et la moitié par des Nouveaux Catholiques. Même les familles se sont retrouvées partagées, soit par conviction religieuse, soit par souci de conserver intact, le patrimoine familial. Ce n’est donc pas, parce qu’on a des ancêtres dans des régions à forte présence protestante que l’on a des ancêtres protestants. Il y a donc une obligation de s’intéresser à l’histoire locale avant de se plonger dans la recherche de ses ancêtres au 18ème siècle. C’est seulement après cette première étape que l’on peut s’intéresser à des documents particuliers de l’histoire du protestantisme :

  • Les déclarations consécutives à l’édit de Tolérance de 1787.
  • Les registres paroissiaux et les registres du Désert.
  • Les listes des nouveaux convertis.
  • Les listes d’abjurations
  • Les registres notariaux.

Ces thèmes seront développés prochainement.

Frédéric DELEUZE, généalogiste professionnel – http://www.genealogiste.com.fr