L’édit de Tolerance de novembre 1787 (1ère partie)

L’édit de Tolérance de novembre 1787

Le 18ème est qualifié par les historiens de siècle des Lumières. La philosophie et l’idée de la liberté de conscience et de la liberté religieuse progresse au sein des élites. Pourtant, la situation légale et règlementaire pour les non-catholiques est très difficile. Il y a bien sûr l’interdiction du culte et des assemblées, présentées comme des troubles à l’ordre public. Mais il y a aussi l’obligation de faire appel au curé pour tous les actes importants de la vie: baptêmes, mariages, pour les malades afin de recevoir l’extrême onction et pour l’obtention d’un certificat de bonne vie et de bonnes mœurs pour ceux qui veulent entreprendre des études ou exercer certaines fonctions ou profession (notaire, libraire, médecins …). Les textes les soumettent à des sanctions très dures : amendes, confiscations de biens, enlèvements des enfants pour les faire éduquer dans le catholicisme, peines de prison et condamnations aux galères pour ceux qui contreviennent aux édits et déclarations du Roi.
La répression connaît des phases d’une intensité variable. Elle est plutôt forte en période de paix et s’adoucit lorsque le royaume est en guerre contre ses voisins européens. Mais, au fur et à mesure que les décennies passent, elle tend à être moins forte. Le comte de Saint-Florentin, secrétaire d’État de la Religion Prétendue Réformée, dans une lettre à l’intendant du Languedoc en date du 30 août 1748 s’interroge sur l’efficacité de certaines mesures comme les amendes « … les remèdes que nous avons employés jusqu’à présent pour arrêter le progrès du mal que font les prédicants ne servent plus de rien dans certains cantons … la voie des amendes, bien loin de les corriger peut devenir à la fin un remède dangereux parce que les assemblées étant présentement composés de gens du peuple qui ne paye que de petites taxes, la plus grande partie de ces amendes retombent sur les notables qui ne sont pas les plus coupables … » Le Comte de Saint-Florentin n’était pas un partisan de la Tolérance mais il est contraint d’admettre que les mesures pour permettre la fiction de l’unité religieuse du royaume ne sont pas vraiment efficaces et qu’elles seraient même nuisible à la prospérité du royaume! Les condamnations deviennent donc moins nombreuses et les peines moins sévères. On commence à élargir les condamnés. En 1769, sont libérées les trois dernières prisonnières de la Tour de Constance sous l’influence du gouverneur de Languedoc, le prince de Beauvau, lié à Voltaire. En 1775, les deux derniers forçats pour la foi sortent du bagne après 30 ans passés aux galères.
Même si Louis XVI, comme ses prédécesseurs, promet de combattre l’hérésie lors du serment de son sacre, le statut des protestants, aux yeux de l’opinion publique, est de moins en moins défendable. Grâce à l’appui de l’archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne (qui deviendra cardinal un an plus tard), et l’appui des « américains » emmené par La Fayette (qui a promis à Washington de plaider la cause des protestants), le Roi signe un édit en Novembre 1787, qui donne une nouvelle situation juridique aux protestants.

Un nouvel Édit sur les non-catholiques

Cet édit que l’on appelle « Édit de Tolérance » s’intitule édit du Roi concernant ceux qui ne font pas profession de la religion catholique. Il est composé de 37 articles et il commence par faire le bilan de l’échec d’un siècle de politique religieuse, basé sur la fiction de l’unité « … l’espoir d’amener ses peuples à l’unité si désirable du même culte, soutenue par de trompeuses apparences de conversions, empêcha ce grand roi (Louis XIV) … ». Si cette unité peut-être une ambition légitime pour un gouvernement d’Ancien Régime, l’édit précise que cette fiction est « aujourd’hui inadmissible » aussi bien sur le plan moral que sur le plan politique. Sur le plan moral, les édits antérieurs placent les sujets dans des alternatives douloureuses : soit ils profanent les sacrements par des conversions simulées soit ils placent leur famille dans une situation juridique difficile (les enfants ne sont pas légitimes) ce qui peut aussi provoquer des discordes dans les familles. Sur le plan politique, l’exil et l’émigration de sujets non-catholiques est contraire à l’intérêt et à la prospérité du Royaume. Dernier point soulevé par le préambule de l’édit. C’est la condamnation sans fard de toute la politique répressive des derniers rois de France avec cette phrase : « … nous proscrirons avec la plus sévère attention, toutes ces voies de violence qui sont aussi contraires aux principes de la raison et de l’humanité qu’au véritable esprit du Christianisme … ». Esprit du christianisme originel ou esprit des Lumières ?

Prochain article : l’édit de Tolérance (2ème partie)

Frédéric DELEUZE – http://www.genealogiste.com.frhttp://www.facebook.com/CFD.Genealogie

Publicités