Marie Raissiguier, une ancienne catholique devenue protestante

La plainte d’un prêtre
La répression contre les protestants est-elle efficace ? On peut en douter à la lecture d’une lettre du curé de Vabre dans le Tarn à son évêque. Il écrit le 5 octobre 1747 « Ma paroisse est un petit Genève … les nouveaux convertis font des assemblées presque toutes les semaines ». Il va se plaindre, en particulier d’un couple de sa paroisse qui ne va plus à l’église et qui a enterré un enfant de deux ans dans son jardin. Cette plainte va déboucher sur un procès qui est très intéressant sur l’échec de la politique royale de l’unité religieuse. Ce couple, c’est Jacques Miailhe et Marie Raissiguier. C’est un tisserand de 33 ans, habitant du masage du Teil à Vabre au diocèse de Castres. C’est un Nouveau Converti. Dans son interrogatoire, il répond qu’il est de la R.P.R. religion dans laquelle il est né. Il s’est néanmoins marié à l’église, et a assisté pendant quelques temps aux offices religieux. Il s’est même confessé plusieurs fois, mais après deux ans, il est revenu au protestantisme. Il avoue sans détour qu’il a assisté plusieurs fois à des assemblées et lorsque son dernier enfant est né (à la fin du mois de novembre), il est parti le faire baptiser par le sieur Costes, ministre de la R.P.R. « qu’il savait être du côté de Vabre ». Il raconte qu’ayant attendu un peu en rase campagne, le ministre passa et baptisa l’enfant près d’une haie en présence de deux témoins. Cet interrogatoire aurait du lui valoir une lourde peine, mais dans l’épais dossier de l’Intendance, on ne retrouve plus de documents sur Jacques Miailhe. A-t-il été jugé et condamné ?
Une ancienne catholique devenue protestante
En fait, les autorités vont concentrer leurs efforts contre son épouse. Marie Raissiguier est âgée de 30 ans. Son père est un ancien catholique. C’est l’un des consuls de Vabre. Elle s’est certes mariée avec un Nouveau Converti, mais elle a accompli pendant longtemps, ses devoirs de bonne catholique. Pourquoi va-t-elle faire l’objet d’une procédure judiciaire ? Elle va être accusée du crime d’apostasie en vertu de l’arrêt du conseil d’état du 27 octobre 1746. Elle va subir trois interrogatoires (sans subir la question). La première fois, elle est interrogée, le même jour que son mari le 18 décembre 1747. Elle affirme qu’elle est née d’un père Ancien Catholique et qu’il y a deux ans qu’elle a quitté la religion catholique car elle affirme qu’une femme ne peut pratiquer que la religion de son mari. Elle avoue donc qu’elle est devenue protestante, mais elle réfute toute participation à des assemblées clandestines. Le couple va rentrer chez lui, pendant que les autorités auditionnent des témoins et décident des suites de la procédure. Finalement, c’est neuf mois plus tard, que Marie Raissiguier est emprisonnée et qu’elle est interrogée une deuxième fois. Les questions sont similaires, mais les réponses sont un peu différentes. Elle confirme qu’elle professe la religion protestante et lorsqu’on lui demande la raison de son changement, elle affirme que c’est Dieu qui lui a inspiré son changement, comme le fait de ne point aller à l’église.
Condamnation d’une apostat au bannissement
Dans le troisième interrogatoire sur la sellette (petit tabouret sur lequel s’assoit l’accusé) du 6 octobre 1748, après son transfert au siège présidial de Montpellier, lorsqu’on lui demande pourquoi elle a changé de religion, elle répond que « lorsqu’elle allait à l’église catholique, elle n’entendait rien quand aux prières qui se disaient et qu’elle fut touché au contraire des prières à l’usage des protestants qu’elle entendait dire par son mari ». Les prières en latin ne correspondaient plus aux attentes religieuses de cette modeste femme et qu’elle avait besoin d’une autre spiritualité. Comme au 16ème siècle, lorsque la Réforme de Luther et Calvin connu un grand succès ! Comment les juges ont réagi dans leur conscience ? On ne peut le savoir. Par contre, ils vont prononcer la peine suivante. Marie Raissiguier est condamnée à « faire amende honorable au devant de la principale porte de l’église cathédrale de Castres, en chemise, la corde au col, ayant écriteaux devant et derrière sur lesquels sera écrit en grosses lettres ce mot APOSTAT en tenant dans ses mains une torche de cire ardente». Elle est aussi condamnée à une lourde amende pécuniaire et surtout au bannissement hors du royaume à perpétuité. Le jugement sera exécuté le 9 novembre 1748.
Malgré les efforts, l’unité religieuse, soixante après la Révocation reste fictive. Même les autorités en doutent, comme en témoigne cette lettre du 30 août 1748, du Comte de Saint-Florentin, secrétaire d’état de la Religion Prétendue réformée : « Les remèdes que nous avons employé jusqu’à présent pour arrêter le progrès du mal que font les prédicants ne servent plus à rien. Dans certains cantons, et surtout celui d’Uzès où les religionnaires s’assemblent toujours avec la même audace, les amendes bien loin de les corriger, peuvent devenir à la fin un remède dangereux »

Vers la liberté religieuse
La peine de Marie Raissiguier peut sembler lourde, surtout pour notre époque. Mais en ce milieu du 18ème siècle, la peine est plutôt légère. Il ne faut pas oublier qu’à la même époque, de l’autre côté des Pyrénées, les apostats étaient condamnés par l’Inquisition au bucher. La philosophie des Lumières commençait à influencer les élites. Le dégoût de la torture, de l’esclavage et de la peine de mort commençait à se faire sentir. Et surtout, les idées de la liberté de conscience et de la liberté religieuse perçaient. Ces idées aboutiront à l’édit de Tolérance de novembre 1787

Prochain article : l’édit de Tolérance

Frédéric DELEUZE – Généalogiste

Mail : cfd@genealogiste.com.fr      Site : http://www.genealogiste.com.fr

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