Edit de Tolérance et registres du Désert

Les déclarations consécutives à l’Édit de Tolérance de 1787
Après plus d’un siècle de clandestinité et sous l’influence des philosophes, le roi Louis XVI redonne une existence légale aux protestants en signant l’édit de Tolérance de novembre 1787. Les non-catholiques (protestants et juifs) pouvaient déclarer devant le prêtre catholique de sa paroisse ou devant un juge royal, leur état civil et ainsi faire enregistrer leurs baptêmes, leurs mariages et leurs décès. Ces documents sont d’un grand intérêt pour le généalogiste. En effet, sur ces actes, le déclarant donne le nom de ses parents, le nom de son épouse et de ses beaux-parents, déclare qu’il s’est marié après avoir passé un contrat de mariage avec la date et le nom du notaire, les actes de naissance de ses enfants et leurs éventuels contrats de mariages. C’est donc une véritable reconstitution d’état civil, qui nous donne trois générations d’une famille. En général, nous trouvons ses documents dans les registres paroissiaux, du moins si le prêtre avait l’esprit ouvert et acceptait la tolérance religieuse (série E). Mais comme l’Édit l’avait permis, les juges pouvait aussi enregistrer ces déclarations (vous les trouverez en série B).
Maintenant, un édit n’a pas fait disparaître un siècle de clandestinité et de méfiance. Tous les chefs de famille n’ont pas tous déclaré leur état civil et celui de sa famille. On s’en rendit compte pendant la révolution, lorsque les autorités militaires voulurent connaître les dates de naissance des jeunes gens afin d’effectuer le tirage au sort pour l’armée. On a donc rédigé des actes de notoriété (série U des archives départementales) Et si vous ne trouvez pas votre famille dans ces déclarations, cela ne signifient pas que vos ancêtres n’ont pas embrassé le calvinisme au 16° ou au 17° siècle. Certains ont pu devenir des catholiques plus ou moins sincères, après un siècle de brimades envers les Nouveaux Convertis.
La deuxième source essentielle pour retracer l’histoire d’une généalogie protestante, c’est les registres paroissiaux et les registres du Désert.

Les registres paroissiaux et les registres du Désert.
Dès le premier synode national de 1559, les Réformés décidèrent d’enregistrer leurs baptêmes et leurs mariages. Nous trouverons donc parfois, dès la seconde moitié du 16ème siècle (1560 pour Montpellier, 1561 pour la Rochelle) des registres paroissiaux protestants qui seront tenus en continu jusqu’à la fermeture des temples et non jusqu’à la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Car cette Révocation ne fut pas une mesure prise brutalement. Elle n’était que l’aboutissement d’une série de mesure engagée dès 1661. On exige d’abord des preuves de l’existence du culte réformé depuis 1597. Des églises, notamment en milieu rural, ne sont pas capables de produire des titres et sont donc fermées sur décisions des Conseils royaux ou des Parlements. Puis, on prend n’importe quel prétexte pour fermer. Ainsi, le temple de Soyons dans l’Ardèche est rasé en 1682, sur le seul fondement que la ville avait été prise par les armes lors des guerres de religion, un siècle auparavant ! Plus de culte, plus de pasteurs et donc … plus de registres paroissiaux.
Mais ce n’est pas la démolition des temples qui va conduire les réformés à faire enregistrer leurs actes d’état civil à l’église catholique. Au contraire, ils préfèrent se déplacer pour se marier ou faire baptiser leurs enfants. Cela peut causer aux généalogistes, des difficultés pour retrouver les actes de nos ancêtres, car ils n’hésitaient pas à faire des dizaines, voir des centaines de kilomètres, pour être en accord avec leurs consciences. Samuel MOURS, dans un ouvrage sur le protestantisme en Vivarais et en Velay, mentionne le cas de plusieurs couples de Tence et du Chambon en Haute-Loire, qui, au printemps 1685, font bénir leur union, dans l’un des derniers temples debout, celui de Lagorce dans le sud de l’Ardèche !
Avec l’interdiction du culte protestant pendant plus d’un siècle, les attitudes des familles purent changer. Certaines devinrent de véritables catholiques, plus ou moins sincères, et le protestantisme put disparaître de certains villages, de certaines villes, voir même dans des régions où il n’était que faiblement implanté. Nous retrouverons donc tous leurs actes d’état civil dans les registres paroissiaux catholiques. Mais d’autres résistèrent et cette résistance n’est pas neutre dans une recherche généalogique. Il faut distinguer deux périodes.
La première s’étend de 1685 à 1740 environ. Les autorités (avec quelques phases de relative tolérance) appliquent durement les édits. La pression est forte et les Nouveaux Catholiques ne peuvent guère échapper au curé de sa paroisse.
Si le baptême catholique ne cause pas de réelles difficultés de conscience pour les protestants, (le rite est à peu près identique) il n’en va pas de même pour les célébrations de mariage ou les sépultures.
Dans le rite catholique, la célébration du mariage devait être précédée de la confession et de la communion. Les protestants ne pouvaient admettre ses sacrements et essayaient autant qu’ils pouvaient, d’éviter de se rendre à l’église. Les plus ardents préféraient vivre en concubinage et se contentaient de passer un contrat de mariage devant un notaire, en promettant de faire solenniser ce mariage, en face de l’église chrétienne. Promesse qui, bien sûr, n’était guère tenu !
Le plus important pour les nouveaux convertis était d’éviter de recevoir les derniers sacrements, celui de l’extrême onction. Face à ce problème, les réformés ont adopté différentes stratégies qu’il est nécessaire de comprendre avant de commencer des recherches généalogiques.
La première consistait à appeler le prêtre lorsque le défunt était déjà mort. Ainsi le décédé était inscrit sur les registres catholiques et le curé mentionnait que le défunt était mort brutalement, sans avoir reçu les sacrements. L’enregistrement du décès permettait aux enfants d’hériter légitimement des biens du défunt.
La deuxième était plus risquée. La famille ne déclarait pas le décès et enterrait clandestinement le mort. Si la pratique était découverte, le décédé pouvait, conformément aux déclarations royales de 1685 et 1686, subir le sort des relaps et pouvait être soumis au supplice de la claie. Les biens du défunt étaient confisqués. Cette législation fut laissée de côté en 1736, lorsqu’une autre déclaration du Roi prescrivit l’enregistrement des décès, de ceux, à qui la sépulture ecclésiastique étaient refusés. On trouvera donc quelques registres de permis d’inhumer aux archives. Le chercheur ne devra pas s’étonner de ne pas trouver les actes de mariage ou de sépultures dans les registres paroissiaux de la première moitié du 18ème siècle.
La seconde période s’étend de 1740 à 1787. Si la législation ne s’assouplit pas, son application est moins rigoureuse. Les pasteurs sont moins traqués par les autorités et peuvent se déplacer avec plus de sécurité. Ils tiennent ce que nous appelons les registres du Désert. Ils vont de villages en villages pour prêcher et enregistrer les actes de baptême de mariage et les sépultures. Si nous trouvons un premier registre du « Désert » tenu de 1722 à 1731 dans le Vivarais, la plupart des registres conservés commencent dans les années 1745-1755, et sont généralisés dans toutes les villes et villages qui ont résisté au pouvoir royal dans les années 1770-1775.
Ces registres que l’on trouve dans la série E des archives départementales ou GG des archives municipales, présentent l’inconvénient de concerner plusieurs communautés. Il n’est donc pas toujours facile de savoir dans quels registres nous avons le plus de chance de retrouver nos ancêtres protestants.

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